Quelque part en Bretagne, de nos jours, dans la maison de Lise Levitzky, un modeste salon décoré de souvenirs et encombré des toiles de la maîtresse des lieux. Lise aujourd’hui âgée, n’a que de maigres revenus, aussi lorsque lisant le journal local, elle tombe sur l’annonce d’une jeune étudiante aux Beaux Arts à la recherche d’une chambre, moyennant un loyer modéré et quelques menus services, elle décroche son téléphone… La solitude lui pèse.
C’est Nina, jolie brune de 21 ans qui se présente. Comme Lise, elle est d’origine Russe. Dès le premier entretien le courant passe entre les deux femmes : même goût pour la peinture contemporaine, même liberté de ton, même sens de la dérision. Lise adopte Nina, Nina adore Lise. La curiosité de Nina pour la vie extravagante de Lise l’amène à poser des questions auxquelles la vieille dame répond sans tabou : un homme a marqué sa vie, Lulu, son premier mari. Elle a rencontré Lucien Ginzburg, de deux ans son cadet, en 1947 à l’Académie Montmartre.
De son côté, Nina n’est pas seule, aux Beaux-arts, elle a sympathisé avec Samir. C’est le fils d’un Tunisien immigré et d’une mère parisienne de naissance. Un garçon sans grâce particulière, mal dégrossi, mais qui dégage une incontestable et trouble séduction. Un premier incident intervient quand Lise surprend dans son salon, Samir vêtu de sa descente de bain. Il ne se cache pas d’avoir passé la nuit avec Nina ce que Lise n’admet que difficilement malgré ses principes affichés. Samir s’impose rapidement, et son sans gêne renvoie la vieille dame à ses amours d’antan, quand avec Lulu, réfugiés dans sa chambre de la Schola-Cantorum, ils cachaient leurs amours et leurs espoirs de devenir des peintres qui compteraient.
Il n’y aura pas de ménage à trois, mais les allés et venues de Samir, trop attaché à sa mère, les fâcheries et les retrouvailles des deux jeunes amants, les larmes de Nina, les consolations de Lise, seront, pour la vieille dame, autant de renvois à ses propres amours. Samir sera pour elle le miroir de Lulu.
Imperceptiblement, au moyen de fondus enchaînés, les deux histoires vont se superposer au point qu’un dialogue engagé entre Lise et Samir pourra déboucher sur un épisode de la vie réelle des amants d’après guerre, sorte de mise en abîme des deux générations. A ce moment la jeune interprète de Nina deviendra Lise jeune et Samir, Lulu. Le changement d’époque sera identifié par une variation d’éclairage : du salon de Lise on passera sans transition à la chambre de la Schola Cantorum où les deux époux abritèrent leurs premières amours.
Le temps de la narration s’étend de la rencontre de Lise et Lulu à l’académie Montmartre en 1947 jusqu’au dépôt à la Sacem, en 1956, de ces 4 premières chansons sous le pseudonyme de Julien Grix. C’est aussi le temps de la séparation et le moment où renonçant définitivement à une carrière de peintre Lulu devient le chanteur Serge Gainsbourg.